Info ou Intox? De l’utilité du Critical ThinkingPensée Critique –  en période de crise.

Dans notre monde volatile, incertain, complexe et ambigu (dit VUCA), le Critical Thinking – ou Pensée Critique – est identifié comme l’une des compétences essentielles du 21ème siècle selon le World Economic Forum .
De quoi s’agit-il et comment le développer ?

Si l’on regarde notre quotidien, que voyons-nous ? Des flots d’information, des montagnes de data, des réseaux sociaux qui nous envoient du contenu en masse et des partages désordonnés et parfois contradictoires.
Au milieu de tout cela, les fakenews et informations partielles se répandent sans complexe, au gré des partages sans réfléchir… 73% de nos concitoyens ont déjà été exposés aux fake news et 25% reconnaissent partager de l’information sans vérifier la source.
Plus incroyable encore, 65% des français croit à au moins une théorie complotiste, selon une étude Ifop de 2019 .
Enfin, rappelons qu’internet est la première source d’information des moins de 35 ans (pour 61% d’entre eux), quand les plus de 35 ans s’informent majoritairement par la TV (56%). Ceci, alors même que la majorité considèrent que la radio et la presse écrite sont les deux vecteurs les plus fiables, selon une étude de Kantar .
Nous sommes tous plein de contradictions, n’est-ce pas ?

Alors, que ce soit dans notre quotidien ou dans notre cadre professionnel, et encore plus en période de crise, comment se forger un point de vue réaliste ? Quelle information privilégier ? Comment prendre des décisions plus pertinentes ?

C’est là que le Critical Thinking – ou Pensée Critique – intervient.

On l’appelle parfois Esprit Critique, en français. Je préfère Pensée Critique, pour garder à ce concept son absence de polémique.

Puisque son objet justement est de s’éloigner des polémiques pour se forger un point de vue pertinent et tenter de prendre des décisions aussi justes que possible en connaissance de cause.

Le Critical Thinking, la Pensée Critique, c’est quoi ?

C’est un principe de réflexion approfondie qui tend à accorder une importance primordiale aux faits et à la complexité du sujet, dans le but de prendre de meilleures décisions.
Il s’agit donc, à partir d’un problème donné, d’appliquer une méthodologie rigoureuse pour aboutir à une décision ou action pertinente.

Commençons par envisager les obstacles à la pensée critique, quels sont-ils ?

  • L’absence de temps : en effet, analyser une masse d’information, c’est chronophage.
  • Une trop grande confiance en soi, que l’on pourrait même qualifier d’arrogance, qui incite à sauter directement à la conclusion sans passer par la case analyse, C’est elle qui incite à affirmer haut et fort une information partielle, une opinion ou une demi-vérité,
  • Un biais cognitif, bien trop fréquent, qui consiste à ne retenir que les preuves ou informations qui vont dans le sens de ce que l’on pense ou de ce que l’on a déjà décidé,
  • Un manque de recul sur ses propres émotions qui tend à aveugler et empêcher de raisonner avec froideur et logique.

A quoi j’ajouterai quelques déficiences d’intelligence émotionnelle, et en particulier :

  • Le contrôle de ses impulsions défaillant, qui incite à l’action rapide au détriment de la qualité de la décision.
  • La difficulté à se faire sa propre opinion et à l’affirmer, ce qui tend à se ranger à l’opinion dominante, la plus fréquente, ou celle exprimée avec le plus de conviction.

Fait, Interprétation, Opinion. Faisons une parenthèse de vocabulaire.

Un fait, est un évènement matériel, vérifiable, souvent quantifiable, mesurable ou pouvant être décrit avec précision.
Une interprétation est un point de vue sur un ou plusieurs faits. Le point de vue éditorial d’un journal est le lieu de l’interprétation, qui reste relative aux faits. C’est une forme de traduction des faits qui appartient à celui qui l’émet. Pour un même fait, plusieurs interprétations sont possibles.
Une opinion est un jugement personnel, individuel, qui n’est pas forcement relié aux faits, plutôt relatif aux valeurs et croyances ou à un état d’esprit de fond – être rebelle à l’autorité, prendre un contre-pied systématique ou s’opposer à ce qui est nouveau, par exemple.

Le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide?

Le fait est le même pour tous : le verre contient 50% d’eau et 50% d’air.
Le pessimiste voit le verre à moitié vide et l’optimiste, à moitié plein. Ce sont des interprétations.
Et l’opinion pourrait être qu’il est nécessaire d’avoir un verre plein pour être heureux.

Pour mémoire, seulement 9% des jeunes français de 15 ans savent distinguer un fait d’une opinion, selon le test d’évaluation international PISA de l’OCDE . Ce qui montre que se poser la question de la Pensée Critique n’est pas vain.

Quelles sont les compétences requises?

L’état d’esprit de la pensée critique recouvre trois groupes de compétences :

  • Des compétences personnelles de curiosité (envie de comprendre), d’autonomie (pour penser par soi-même), et de réalisme (pour accepter que penser prend du temps et que ça vaut le coup de se baser sur des faits vérifiés),
  • Des compétences de lucidité et d’humilité, pour accepter de ne pas tout savoir et d’avoir des limites, qui vont de pair avec une capacité à écouter, dialoguer, voire rechercher la contradiction et la diversité,
  • Enfin, savoir distinguer les faits des opinions.

Info ou Intox. Critical Thinking – Pensée Critique, comment les développer ?

Deux options s’offrent à nous.

Tout d’abord, sur le moment, mettre plus de rigueur dans le process de réflexion en 5 points:

  1. Pertinence du sujet : Il s’agit d’abord d’évaluer la pertinence du sujet : quel est le sujet, quel est le problème, en quoi est-ce un problème et le sujet est-il posé correctement, au bon niveau. Quels sont les faits ? quelles sont les informations ? Quelles sont leurs sources ? Ces sources sont-elles fiables ? Y-a-t-il d’autres perspectives sur ces faits ? Quelle est la précision des données?
  2. Ampleur du sujet : Pour aller plus loin dans cette évaluation, il convient de se demander si l’ampleur du sujet est balayé dans le processus de réflexion : Avons-nous couvert tous les points ? Avons-nous assez de données ? C’est un peu réfléchir dans la largeur du sujet, dans son étendue.
  3. Profondeur du sujet : le sujet est-il envisagé dans sa profondeur, dans sa complexité, quels phénomènes sous-jacents faudrait-il prendre aussi en compte ?
  4. Clarté du sujet : Puis-je expliquer les faits, la question, le raisonnement, le résultat de façon simple, claire et intelligible par tous
  5. Impact / Résultat : Evaluer l’impact de la décision, et se poser a posteriori la question de la qualité de cette décision peut aussi être très éclairant.

Se recentrer sur soi : l’approche méta-cognitive.

Une seconde démarche est indispensable pour développer son critical thinking, sa pensée critique dans le temps. Il s’agit d’une approche métacognitive : c’est-à-dire penser à comment nous pensons. Réfléchir à comment nous réfléchissons. C’est-à-dire réfléchir sur soi et son propre processus de pensée. Une illustration de cette activité métacognitive pourrait être le fameux « connais-toi toi-même » ! Il va s’agir ici de prendre du recul et de rentrer dans une phase réflexive.

Pour cela, voici quelques propositions.

D’abord, prendre le temps d’observer. Répondre en conscience à la question : comment ai-je pris cette décision ? L’objectif est de comprendre ses propres biais, de déjouer ses propres mécaniques, dans le but de penser de façon encore plus profonde, sérieuse, fiable, rigoureuse.

  1. Revoir le cheminement, les étapes successives. S’observer avec rigueur et chercher une répétition -un pattern- dans sa façon de penser
  2. Observer particulièrement les étapes de vérification des faits: Quelles questions me suis-je posé ? Quelles actions pour vérifier les sources ? Ai-je cherché des versions divergentes ? Ai-je chercher à me démontrer que j’avais tort?
  3. Se poser quelques questions plus dérangeantes : par exemple : Ai-je éliminé des informations, lesquelles et pourquoi ? Ai-je surestimé le point de vue d’une personne plutôt qu’une autre ? Est-ce un problème ? En quoi est-ce un problème ?
  4. Estimer l’impact du temps : Était-il nécessaire de prendre la décision aussi vite ? Ai-je eu assez de temps pour analyser et comprendre ? Ai-je subi une pression temporelle extérieure ?
  5. Évaluer le résultat du processus de pensée, le résultat était-il fructueux ? Comment mon processus de réflexion a-t-il impacté le résultat?
  6. Ensuite, revisiter les émotions autour de ce processus de réflexion et de décision. Quelles émotions sont apparues et quand ? Que voulaient me dire ces émotions ? Comment ont-elles affecté le process ? M’ont-elles rendu aveugle sur certains points ?
  7. Lire, s’informer sur le sujet de la pensée, comme vous êtes en train de le faire est aussi un vecteur d’approfondissement.

Développer sa pensée critique, c’est grandir, et il n’y a pas d’âge pour ça.

Grandir dans sa connaissance de soi et de son processus de réflexion, grandir dans sa capacité à prendre du recul et à comprendre ses limites et potentiels de développement pour mieux penser, mieux décider.

Mes trois recommandations coup de cœur pour avancer ?

  • Prendre du temps pour soi, pour réfléchir à soi, plutôt qu’une habitude auto-centrée c’est une action d’hygiène mentale,
  • Chercher la contradiction, s’entourer de gens qui osent vous donner un point de vue alternatif,
  • Soyez attentifs à vos émotions, elles ne sont pas forcément bonnes conseillères, comme ça, brut de fonderie, mais elles vous interpellent, c’est l’indice qu’il faut creuser.

A bientôt, pour de nouvelles inspirations.

 

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